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Reinette ou l’ultime légende

04/02/2019

Elle fut nostalgique et porteuse des souffrances de l’exil dans les années 1950, plaintive et « classique » sur fond d’orchestration orientale durant la décennie 1960, puis militante au cours des années 1970, celles de la mutation. Depuis l’an 2000, la chanson kabyle, à travers notamment Mohamed Allaoua, artisan d’un nouveau groove, poursuit sa quête de nouveaux espaces et de nouveaux horizons en remettant continuellement l’ouvrage sur le métier. Le résultat en est un bel équilibre entre poids des mots et choc du tempo.

Dans cette région montagneuse, arboricole (figuiers et oliviers essentiellement) et farouchement attachée à son identité amazigh (berbère), située dans le nord-est de l’Algérie, la musique et la danse sont à la fois une évasion, un moment de répit dans le déroulement de la vie quotidienne, un divertissement pour alléger le fardeau des travaux et des jours et une prise de conscience de la réalité immédiate. L’expression corporelle et les chants, souvent bâtis autour de textes à la poésie très subtile et métaphorique, sont autant d’images en parfaite harmonie avec les paysages marqués par ce gris lumineux du ciel aux abords de la mer lorsque s’y fondent les reflets des neiges du Djurdjura. En Kabylie, la musique et la danse se pratiquaient surtout à l’occa

Native de Tiaret, grande cité et ancienne capitale historique de l’ouest algérien, elle avait chanté pendant plus d’un demi‑siècle les trésors classiques de la tradition arabo‑andalouse, du folklore oranais, du chaâbi et quelques compositions réactualisées. Son nom, jusqu’à son dernier soupir le 17 novembre 1998, revendiquait fièrement son appartenance régionale : Reinette 1`Oranaise.

Toute petite et atteinte de cécité précoce, Sultana Daoud, dite Reinette, fille d’un rabbin d’origine marocaine, avait appris à cirer les chaises dans son école, une tâche ingrate qui désespérait sa mère. Celle-ci, soucieuse de l’avenir de sa fille, lui fit cette recommandation prémonitoire : « Je veux que tu aies un métier qui t’égaye tout en égayant les autres ». Elle ne croyait pas si bien dire. A seize ans, l’adolescente est confiée au maestro Saoud El Medioni (oncle de Maurice le pianiste), formateur également de Lili Boniche, qui tenait un café à Oran, rare lieu de rendez-vous de tous les mélomanes, les musiciens, les paroliers et les vedettes locales – les espaces culturels sous contrôle colonial refusaient toute expression algérienne. Emerveillée et troublée à la fois par son entrée dans un cercle exclusivement réservé aux valeurs confirmées, Reinette devient très vite l’élève attitrée de Saoud. L’apprentissage du classique est ardu et exigeant comme elle aimait à le rappelait souvent : « De prime abord, je ne pouvais pas chanter le classique. Il m’apprenait des petites chansonnettes, et puis le temps a passé comme ça, nous avions beaucoup de succès ».

Unique femme donc à être admise dans le cénacle, elle s’en tirera par étapes, avec brio et talent. Pour parfaire son éducation musicale, elle s’initie à la derbouka, ce qui lui permet d’acquérir le sens du mizân (la mesure) et la maîtrise du chant. Puis, elle tâte de la mandoline, mais elle ne la ressent pas ; alors, sur proposition de son génial professeur, elle se tourne vers le luth, et là se produit la symbiose idéale avec cet instrument. Heureuse de ses progrès, Reinette ne peut exulter car son cher maître affiche son intention d’ouvrir un établissement à Paris. Elle l’y suit mais, rapidement, la nostalgie reprend le dessus. A son retour, elle continue à travailler avec les mêmes musiciens, dans le même café que gérait désormais un neveu de Saoud. Hélas, elle apprend que celui qu’elle vouvoyait et vénérait par-dessus tout avait « disparu » dans les féroces « nuits et brouillards » nazis. Elle exprimera son chagrin à travers le poignant morceau Nechkar el Karim(Loué soit le Généreux).

Peu après la fin de la Seconde Guerre mondiale, Reinette s’installe à Alger, rue Médée, où, coïncidence divine, se trouve le local, servant de salle de répétition de l’association andalousophile « El Fekhardjia ». Elle écoute souvent la radio quand elle passe des mélopées algériennes et admire particulièrement Mohamed Belhocine (père de Hamid, le tromboniste de Kassav’). Elle fera sa connaissance et il acceptera d’être son maître, de lui transmettre son précieux savoir et de l’aider à améliorer ses qualités d’interprétation. A cette époque, Reinette est déjà célèbre et participe tous les mardis à des émissions radiophoniques rassemblant les meilleurs artistes du chaâbi algérois et de l’andalou. Plus tard, elle intègre l’orchestre de Hadj El Anka, le créateur du chaâbi de la casbah, entourée par des choristes de renom : Alice Fitoussi, Meriem Fekkaï et Fadila Dziria. Il s’agissait en fait de retrouvailles puisqu’elles avaient animé en commun des fêtes de mariages et de circoncisions. Dès lors, partout en Algérie et jusqu’en 1962, année de son exil douloureux vers la France, elle portera, armée de son luth fraternel, la bonne parole algéro-andalouse.

Installée à Romainville, en région parisienne, avec Georges Layane, son percussionniste de mari, elle sort de sa paisible retraite dans les années 1980 pour, à nouveau, séduire autant ses anciens fans que pour conquérir un jeune public, fasciné par son ton caustique et son bonheur de jouer irradiant jusqu’à sa disparition. Elle était souvent accompagnée au piano par le regretté Mustapha Skandrani. Il nous reste d’elle côté sons quelques enregistrements et un titre sur la BO de « Rachida », un magnifique film de Yamina Bachir Chouikh, et côté images « Le port des amours », un documentaire réalisé, en 1992, par Jacqueline Gozland.

Cet album offre un véritable florilège de chansons, aux styles divers (andalou, haouzi, a’sri-moderne…), qui n’ont pas pris de rides, à l’enseigne de « Ya Bladi Ya Nass », un de ses titres les plus plébiscités, les classiques « Ana Louliya » et « Bellah Ya Ben el Ourchan » et d’une reprise très enlevée d’un des plus grands succès de Lili Labassi, l’immortel « Mazal Haï Mazal » comme le souligne son intitulé, signifiant : vivant, je le suis toujours. Comme les chants de Reinette.

R. M.

sion des saisons de mariages et de circoncisions, du muwsem (fête religieuse) ou de la fin de la cueillette des olives. Mais en fait, tout est prétexte à un déhanchement frénétique : naissances, réussite scolaire, obtention d’un emploi, retour au pays. Bon nombre de chanteurs kabyles ont débuté par l’animation de ce type de fêtes et c’est le cas, à quelques exceptions près, de toutes les générations qui se sont succédées. Dans la France des années 50, sous l’impulsion de Cheikh El Hasnaoui et Slimane Azem,… tenants de la culture de l’exil, forgée dans les cafés, où se déroulaient les concerts, le chant kabyle se démarque du « folklorisme ». La chanson kabyle, dans une formule mieux arrangée, naît de ce mouvement.

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ALGERIE 50 ans de Musiques

10/07/2017
  1. Algérie, Top 50

     

    1958. en pleine guerre de libération. Pendant que le crépitement des mitraillettes se fait entendre dans les maquis, la population urbaine écoute en sourdine des chants patriotiques algériens diffusés par la puissante radio égyptienne : « la Voix des Arabes ». Ces artistes appartiennent tous à une troupe créée par la direction autoproclamée du FLN, basée à Tunis et rassemblant un échantillon représentatif» de la mouvance musicale algérienne du moment, entre autres, les Oranais Ahmed Wahby (interprète du Wahran Wahran popularisé par Khaled) et Wafia, le Kabyle Farid Aly, et H’sissen, le chantre du chaâbi algérois. La même année, le chanteur Ben Achour est tué dans des conditions qui n’ont jamais été élucidées.

    Alger, un soir d’été 1960. Les terrasses de cafés sont bondées et les verres d’anisette défilent avec une régularité de métronome, malgré l’alarmante musique des sirènes de police que l’on entend par intervalles et les silhouettes des militaires qui battent le pavé. La bonne humeur est de mise et elle est fédérée par une ritournelle s’échappant de partout : des balcons où le linge finit de sécher, des fenêtres largement ouvertes des appartements ou des restaurants où l’on déguste les Fameuses crevettes algéroises, copieusement arrosées de vin rosé. Des couples entrent dans la danse, spontanément, à l’écoute de « Ya Mustafa », ponctuée par des choeurs improvisés qui hurlent « Chérie je t’aime, chérie je t’adore. La chanson, interprétée par Alberto Staïffi, né à Sétif, a obtenu un succès phénoménal, au point que même les combattants du FLN (Front de libération nationale) l’ont adopté à l’unanimité. D’où un malentendu fâcheux qui fera penser aux autorités coloniales que Mustafa est un hymne à la gloire des fellaghas. Le disque est interdit et pénalise la carrière jusque-là brillante d’Albert Darmon alias Staïffi. Il annule tous ses galas y compris en France, et renonce à tout enregistrement, lui qui s’était distingué par de nombreux standards, en arabe ou en français, à l’image du B’nat el youm, repris par tous les chantres du francarabe et du judeo-algérien (le regretté René Pérez l’avait vocalisé au sein d’El Gusto). En 1965, il s’en revient, parrainé par Sydney Béchet, connu dans les cabarets et dont il adapte Les oignons en arabe, qui l’introduit chez Vogue.

    En 1961, Cheikh Raymond Leyris, grand maître juif du malouf (une des trois écoles andalouses d’Algérie), dont Enrico Marias fut l’élève est assassiné à Constantine Il sera la première victime d’un terrorisme qui rattrapera l’Algérie à l’aube des années 1990 en s’en prenant à tout ce qui pense, écrit et chante. Juillet 1962. Les derniers militaires français font leur paquetage. La foule en liesse clame sa joie d’une Algérie indépendante. Se souvenant de l’impact de la chanson pour galvaniser les « masses laborieuses », les nouvelles autorités au pouvoir récompensent les membres de l’ancienne troupe du FLN en les nommant à la tête des orchestres nationaux. Dans une euphorie généralisée, le gouvernement encourage les odes à l’indépendance recouvrée et des refrains à la gloire de « la dignité retrouvée » jaillissent de partout. Ahderrahmane Aziz, vedette du raï (yé yé algérois) est champion à l’applaudimètre. avec Mabrouk Alik (« Félicitations, Mohamed / l’Algérie t’est revenue »), Blaoui Houari, un des précurseurs du raï, loue le courage du héros Zabana,Kamel Hamadi, en kabyle, rappelle le parcours du chahid (martyr) Amirouche, et même la vénérable Remitti y va de son couplet sur Les Enfants d’Algérie. Tout cela sous l’oeil (et l’oreille) bienveillant du régime (dirigé par Ahmed Ben Bella, héraut du parti unique et gardien vigilant des «valeurs arabo-islamiques» érigées en règle de conduite.

    Aux chanteurs, on vante à la fois le modèle égyptien et celui de l’art andalou, à l’usage d’une petite bourgeoisie citadine naissante, décrété «classique national » et certains n’hésite pas à aller à la soupe. Ces khobzistes- terme humoristique algérien raillant ceux qui avancent des raisons alimentaires pour justifier leur allégeance au système -, vont monopoliser toutes les émissions et toutes les scènes tandis qu’en marge la chanson populaire se contente des animations des fêtes de mariage et de circoncision. Son absence dans les médias renforce davantage sa régionalisation : chaque genre (chaâbi, chaouï, kabyle, oranais,….) est cantonné dans ses limites départementales et ses « représentants nationaux » sont ceux que ne dérangent personne avec leurs ritournelles. C’est de France, où de nombreux artistes algériens se sont frottés à d’autres styles, que viendront les premières critiques. Dans la tranche horaire réservée à l’expression des kabyles sur Radio Paris, Slimane Azem, accusé naguère de collaboration chante, en mettant en scène des animaux, les premiers vers politiques dénonçant La dictature et le prêt-à-penser sévissant dans le pays. La réaction ne se fait pas attendre sur la pression du gouvernement algérien, le quart d’heure kabyle est supprimé. En Algérie même, Ahmed Baghdadi, dit Saber, l’idole des amateurs de raï encore estampillé « folklore oranais »,est jeté en prison pour avoir dénoncé la bureaucratie dans El Khedma ( le travail),

    19 juin 1965, le coup d’État de Boumediene ne fait qu’empirer les choses. L’Algérie adopte un profil à la soviétique ou tout est planifié, même la musique. On assiste à la multiplication des associations vouées à l’arabo-andalou et à l’émergence d’une chanson courtisane chargée de faire passer le message autour des options fondamentales . La plus en vue est Rabah Driassa, un Blidéen, auteur de morceaux-tracts comme: « Prends les clés, mon frère / Entre dans ton village socialiste agricole. » On n’était pas loin de ce vrai-faux lyrisme personnifié par Djamel Amrani, ce poète qui évoquait une femme belle comme une ferme autogérée . Le pouvoir s’autocélèbre » à travers dix semaines culturelles à l’étranger ou des manifestations officielles, où sont convoqués les troubadours acquis à sa cause. De son côté, la chanson populaire survit toujours grâce aux noces et banquets et aux 45 T enregistrés chez des compagnies privées mais elle subit la censure et la surveillance accrue de la sécurité militaire.

    Engagements kabyles

    À partir de 1973, un nouveau courant, a rapprocher du protest song américain• ébranle l’échiquier musical « officiel. Le chef de file de ce renouveau d’inspiration kabyle est Idir. Il emprunte la voie de la modernité et il est rejoint par d’autres comme Ferhat, Norredine et Djamel Allam, tous porteurs d’une thématique frondeuse et revendicative remettant en cause le sectarisme du pouvoir à l’égard des minorités (ici la berbérité menacée de disparition par une politique d’arabisation sauvage), Dans un premier temps, le régime salue presque ce saut qualitatif et même la presse aux ordres daigne se pencher sur le phénomène. Pas pour longtemps car les gouvernants prennent peur: les chanteurs remplissent les stades et décrassent les oreilles avec leurs principes de démocratie et de laïcité. Les caciques du FLN font usage de leurs armes de service: censure, répression et arrestations arbitraires.

    Le poids des mots de ces bardes, contraints à l’exil en France, aboutira au Printemps berbère de 1980. Ensuite, ce type de chanson connaîtra un reflux et se réfugiera dans des textes moins virulents (sauf ceux d’Aït Menguellet et de Lounès Matoub, continuant de donner leur vision poétique des maux de la société).

    Raï attacks !

    En 1982 le raï entre par effraction à la télévision à travers un radio-crochet auquel participe Cheb Mami. Il chante El Marsam (Le lieu de rendez-vous?) sous les vivats d’une foule déchaînée, mais n’obtient que le deuxième prix (un accordéon) par un jury ne jurant que par la chanson égyptienne. Quant au roi-Khaled, il est de plus en plus courtisé par les libéraux » et on l’incite à chanter devant des hauts gradés en lui promettant de le dispenser de service militaire. Khaled, qui ne s’en laisse pas conter, réplique par Koubou, Koubou (Remplissez les verres, repris sur l’album N’ssi N’ssi) De fait, le raï déferle sur tout le pays grâce au poste-cassette et devient le cri de ralliement de toute une jeunesse exclue socialement et souvent réduite à « tenir les murs» et à rêver de visa pour l’ailleurs,

    1986. Le raï débarque en France via deux importants Festivals, l’un à Bobigny, l’autre à la `Villette. Le genre oranais affichait déjà fièrement plus de soixante ans sur le compteur et était devenu le cri de ralliement de toute la jeunesse du Maghreb. Les chanteuses et les chanteurs ont été, pour la plupart, précédés par leur réputation et certains d’entre eux avaient le statut de stars. Le public ayant répondu présent, est massivement constitué de gars du bled installés depuis peu dans l’Hexagone, de vieux immigrés et de quelques curieux alertés par de croustillants articles de presse. Dans une atmosphère de liesse et teintée de nostalgie, l’assistance réserve un accueil des plus chaleureux aux représentants de la parole libérée et se montre indulgente pour les orchestrations pas toujours synchronisées et les arrangements approximatifs. Restent les voix : superbes de naturel, persuasives quand elles ne sont pas carrément sensuelles.

    Au bled, le raï et la chanson kabyle se font plus incisifs lors des émeutes de 1988. dans une Algérie où les animateurs de l’unique chaîne de télé et de la Chaîne I (la radio arabophone) gardent toujours l’accent égyptien et « oublient » sur leurs play-list la musique algérienne.Un titre de Khaled, El Harba Win (Fuir. mais où) adapté d’une composition d’Idir, va servir de bande-son pour les manifestants. lassés par le pouvoir corrompu dirigé par le colonel Chadli.

    Mais le pays est, en mème temps, submergé par les assauts repétés des islamistes qui vont déboucher sur un climat de violence. Les concerts ne peuvent désormais plus se tenir pour des raisons de sécurité. Les chanteurs, censés être protégés par leur popularité, ne sont plus épargnés (assassinats de Cheb Hasni, prince du raï-love, et de Rachid Baba-Ahmed, grand producteur de chant raï).

    Le rap brise le silence

    1992, année de tous les dangers. En France, le raï a gagné en technicité sans pour autant perdre en feeling. Les albums sont mieux produits et les artistes se sont entourés de musiciens plus solides que spectaculaires. Avec Didi, performé par un Khaled plus mature, le raï sort de ses enclaves communautaires pour entrer dans les discothèques françaises puis internationales. Cette consécration mondiale a octroyé au raï l’enviable statut de courant musical à part entière, au même titre que la funk, le blues, le rap ou le reggae. Aujourd’hui, le raï est personnifié par quelques stars de poids et pas un programmateur de festival ne l’oublie dans ses prévisions et de nombreuses salles mythiques lui ouvrent les bras Zénith, Olympia… Au coeur de l’Algérie, une culture de la résistance s’organise autour de la chanson et l’assassinat de Lounès Matoub, en juin 1998, n’a pas éteint cette volonté de dire par la rime et la mélodie tout le mal que les artistes pensent d’une situation caractérisée par une course au pouvoir, marquée par une violence insupportable, entre militaires et islamistes. Sur le terrain, les bombes continuent de pleuvoir sur les marchés ou les plages, les raids meurtriers sur des villages isolés se multiplient et les attentats ne cessent d’être commis, passant d’une région à une autre, histoire, pour les auteurs de ces actes barbares, de démontrer qu’ils peuvent frapper n’importe ou. Pendant ce temps, le pouvoir s’entête dans sa cynique théorie d’un «terrorisme résiduel», oeuvre de desperados aux abois et sur le déclin. Fort heureusement, il souffle depuis toujours dans ce pays un vent d’insurrection. Son histoire n’est-elle pas celle de la résistance à une succession d’invasions? Et traditionnellement, ce sont ou des femmes (il y a eu l’exemple de la reine La Kahéna qui s’était opposée à la conquête arabe), à la tête des révoltés ou des bardes. Et,. en ces années meurtrières de couches de propagande, déversées par des militaires déguisés en fonctionnaires qui ont tous non un cheveu mais des bouts de bois sur la langue.

    Ceux qui ont choisi de lutter de l’intérieur n’hésitent pas, en dépit du danger qu’ils courent, à radicaliser leur discours et monter sur scène pour haranguer la foule. Baâziz chanteur satirique se distinguera par ses piques contre les généraux nantis et bedonnants. Dans la foulée, un courant hop hop se développe à toute allure et des voix poussent des coups de gueule à l’image des Hamma Boys, les plus virulents, Intik et sa dénonciation du malaise social et MBS (le Micro Brise le Silence) et son propos au réalisme cru. Des milliers d’autres bands, dont l’audacieux Double Canon, émergeront pour fustiger la répression et crier leur haine du système officiel et du terrorisme islamiste.

    2002-2012. D’autres genres comme le chaouÎ (région des Aurès) ou le staïfi (Hauts-Plateaux de l’Est algérien se font mieux entendre et conjuguent airs festifs avec des textes engagés pour que les gens évitent de danser idiot. La chanson kabyle poursuit sa route rythmée par des chants de révolte, à l’enseigne d’Oulahlou et son titre à succès Pouvoir Assassin . Le raï local continue à se forger dans les cabarets de la corniche oranaise, mais aussi ceux d’Alger ou de Tizi Ouzou, et ses nouvelles tétes, Abdou, Houari Dauphin ou Kader Japonais, « génération parabole » nourrie de M6, MM et autre MTV, » tout en étant bercée par les vocalises de Rimitti ou Hasni introduisent un «groove» particulier et des sonorités empruntant autant à la tradition algérienne qu’aux envolées r&b, funk ou hip hop.

    Si, donc, les enseignements des « anciens » ne sont guère passés à la trappe leur voix, aux intonations parfois désabusées, traduisent crûment le malaise qui ronge les teen-agers-algériens. Tout comme les héros pop-rock ou jazz-fusion, tels Caméléon, Dzaïr, Aminoss, Madar ou Ithrene, plébiscités aujourd’hui par une jeunesse toujours aussi avide de s’identifier à des artistes qui lui ressemblent

    Rabah Mezouane.

Awesome Showcasts

Bilal

19/04/2016
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